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Une saison de machettes


Pour en savoir plus
Certains livres sont essentiels. Ils témoignent de situations hors de raison.
Ils naident pas à comprendre mais nous laissent pantelants devant limage quils nous renvoient de lhomme, ignorants devant le mystère de notre propre nature. Dostoïevski, Primo Levi, Robert Antelme, Bruno Bettelheim, Soljenitsine, le dernier paragraphe tellement troublant dEtre sans destin de Imre Kertész,
Ces uvres nous avaient livré la perspective des victimes. Le livre de HATZFELD nous propose le témoignage des bourreaux. Comment des paysans, des petits fonctionnaires, des artisans ont-ils pu dans un coup de folie collective assassiner à la machette, leurs voisins, leurs amis, femmes, enfants, vieillards ? En un peu plus dun mois 50 000 Tutsis (sur 59 000) ont été abattus.
HATZFELD a interviewé les membres dune bande de copains qui attendent en prison leur libération. Le récit nous livre leurs témoignages, entrecoupés de chapitres qui les mettent en perspective et en abîme à laide de témoignages de survivants tutsis. Histoires dune horreur absolue et dhumains ordinaires.
« Tuer cest très décourageant si tu dois prendre toi-même la décision de le faire, même un animal. Mais si tu dois obéir à des consignes des autorités, si tu as été convenablement sensibilisé, si tu te sens poussé et tiré ; si tu vois que la tuerie sera totale et sans conséquences néfastes dans lavenir, tu te sens apaisé et rasséréné. Tu y vas sans plus de gêne. » (Témoignage de Pancrace).
Certes la déresponsabilisation, certes la frustration accumulée depuis des générations, certes les dynamiques de groupe, la cupidité, la lâcheté, la peur. Mais le livre nous laisse avec plus de questions que de réponses et toujours cette profonde incompréhension, ce même mystère, celui du mal absolu, dont on craint quil nous habite un peu, caché en soi, attendant loccasion absurde pour se révéler.
A lire, absolument !
Et tant quà être sur le sujet, relire Milgram (ou revoir « I comme Icare » pour ceux qui sont allergiques à la lecture).
Ceci dit, retournons travailler et pour nous encourager, une réflexion de CIORAN : « Lhumanité vit amoureusement dans les événements qui la nient
» (Précis de décomposition)
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